DEUTEROS
Par Christophe Le Glatin

John était en train de lire un roman dans son bureau, lorsque le poste de communication s'activa. Le visage de Paul apparut.
- Situation d'urgence au poste principal, Commandant, annonça-t-il.
- J'arrive, lui répondit John. Avec son commlock il ouvrit le grand panneau central, il vit alors une planète sur l'écran de contrôle.
- Essayez d'établir le contact, Paul, ordonna John.
- Ici base lunaire Alpha. Si vous me recevez, identifiez-vous.
Aucune réponse. Paul réitéra sa diffusion, qui cette fois en obtint une.
- Ida wa ria ditaras nala. aba ditari xinas. sha sha.
- Euh, Paul... non, rien. Kano. L'ordinateur peut-il traduire ? demanda John.
- Hélas, non! Il nous manque la clé... Commandant! Je perds le contrôle de l'ordinateur!
- Alerte rouge !! ordonna le commandant.
- Commandant ! reprit Kano. J'ai à nouveau le contrôle ! L'ordinateur me signale qu'il a un programme supplémentaire
- Sur écran, Kano. Paul, cessez l'alerte rouge.
La voix féminine de l'ordinateur se fit entendre en même temps que l'affichage. "PROGRAMME DE TRADUCTION ANGLO-DEUTERIEN EMANANT DE LA PLANETE : CHARGEMENT EN COURS... CHARGEMENT TERMINE"
C’est alors qu'apparut à l'écran un humanoïde bleu très musclé avec de longs cheveux raides. Sa tenue ressemblait à une armure, mais paraissait conçue avec une sorte de tissu. Il prononça des mots qui furent traduits simultanément en sous-titrage par l'ordinateur.
- Nous sommes sur la planète Deuteros, ici la base deutérienne Xenos. Paix.
John prit alors la parole.
- Nous venons de la planète Terre, nous sommes sur son ancien satellite naturel la Lune. Ici la base lunaire Alpha, nous venons nous aussi en paix. Heureux et très émus de vous rencontrer!
- Bien compris. Nous nous sommes permis de consulter les données de votre ordinateur afin de concevoir pour chacun de nous un programme de traduction.
- Vous avez bien fait.
- Nous sommes heureux de vous rencontrer! Nous voudrions en savoir plus sur vous...
Ainsi commença une conversation passionnante entre les deux commandants. John raconta l'histoire de la Terre et de la base lunaire puis l'extraterrestre fit de même. On apprit entre autres que Deuteros est une planète d'une étoile qui a explosé pour devenir une supergéante rouge, détruisant les planètes proches. Les habitants de la base Xenos sont originaires du satellite de Deuteros, Vanadis. C'est sur cette dernière que s'est développée la vie, Deuteros pourtant cinq fois plus massive, n'a jamais connu la vie du fait de sa trop lente rotation. Les Vanadiens ont installé une base sur Deuteros, comme les terriens sur la Lune. L'explosion de l'étoile eut pour effet de faire quitter Deuteros de son orbite, planète qui perdit de ce fait son satellite Vanadis. Les deux astres se retrouvèrent errantes dans l'espace. A l'heure actuelle, ils savent où ils sont par rapport à leur étoile, mais sont toujours à scruter le ciel à la recherche de signaux émanant de Vanadis...
- Commandant Birah ! Nos histoires sont pratiquement identiques! C'est incroyable ! dit alors Victor.
- Exact, et notre but est le même: trouver une nouvelle planète qui puisse nous abriter...
- Pouvons-nous vous aider ? questionna John.
- Hélas, je crains que non. Vous savez que nous respirons du sulfure d'hydrogène, et non de l'oxygène. Et buvons du mercure, et non de l'eau. L'eau est très toxique pour nous...
- Je vous comprends...
John réalisa que les deux civilisations étaient pratiquement au même stade de progrès, mais les différences de métabolisme ne permettait pas une union des deux bases ni une entraide importante.
- Nous ne resterons à votre proximité que vingt quatre heures, étant donné nos vélocités importantes mais opposées, signala Victor. Il faut qu'on se rencontre, Commandant Birah !
- Venez, je vous en prie. Nous disposerons un local avec une atmosphère qui vous est adaptée. Notre spécialiste linguiste sera l'interprète.
- D'accord. dit John. Victor, Helena et Alan : vous m'accompagnerez. Paul, vous prenez le commandant d'Alpha.
Malgré sa couleur bleu foncé, Deuteros ressemblait beaucoup à la Lune, et la base Xenos ressemblait aussi à Alpha. L'atterrissage de l'aigle s'effectua sans problème. Vêtus de leurs scaphandres, la délégation alphane se présenta devant la porte du sas xenien qui s'ouvrit.
- Bienvenue sur Xenos, Commandant Koenig. Je vous présente le Commandant Birah, Kadmilah l'épouse de Birah et Aktah, notre savant. Je suis Chimarah, votre interprète.
- Merci, Chimarah. Voici Helena Russell, notre médecin-chef, Alan Carter, notre pilote, et Victor Bergman, notre savant.
Les Xeniens conduisirent leurs hôtes vers le local prévu, ce qui leur permit d'ôter leurs scaphandres. Une large baie vitrée séparait ce local du "poste principal" xenien, dont les occupants observait les "extravanadestres" avec une curiosité certaine... Une fois mise en place une liaison radio avec Alpha, l'étude mutuelle des deux mondes commença : échange de documents, de données informatiques... Helena et Kadmilah devenant les meilleures amies du monde, Alan racontant des anecdotes où il est le héros à une jolie vanadienne, Victor et Aktah étaient en plein travail...
- Aktah, nous ne savons pas où nous sommes par rapport à la Terre, avoua Victor.
- Le seul signal artificiel que nous avons capté depuis l'Explosion est un signal binaire long de 1 679 moments. Nous l'avons capté récemment et nous ne le comprenions pas jusqu'à ce que nous l'interprétions sous forme de 73 lignes de 23 points. Qu'en pensez-vous, Victor ?
- Mais, Aktah, c'est inespéré ! Ce signal, c'est la Terre qui l'a émis.
John, Birah et les autres s'approchèrent.
- Vous êtes sûr, Victor ? demanda John.
- Mais oui ! Il a été émis par le radiotélescope d'Arecibo en 1974 vers l'amas M13 de la constellation d'Hercule! Aktah, connaissez-vous la direction de la source de ce message ?
- Je vais interroger notre ordinateur...
La réponse de l'ordinateur xenien mit de l'agitation parmi les vanadiens présents.
- Commandant, nous permettez-vous d'utiliser les données de votre ordinateur ? demanda Aktah.
- Bien sûr ! Avez-vous entendu, Kano ?
- Je vous en donne le contrôle, Xenos, répondit Kano depuis Alpha. Il est à vous, Commandant Birah.
Quelques instants ont passé.
- Nous avons comparé nos cartes célestes mutuelles, et à l'aide de la mise en comparaison des données d'Alpha et de Xenos, nous savons où est votre Terre, conclut Aktah.
- C'est fantastique, s'écria John.
- Je vous envoie les données, Kano, signala Aktah.
Une manifestation d'allégresse emplit les deux bases. On apprit que l'étoile de Deuteros et Vanadis n'est autre que Bételgeuse, c'est à dire Alpha Orion. Quant au Soleil, il porte pour les vanadiens le doux nom d'Astatis, étoile 17 du secteur de "Calt" qui inclut entre autres Aldébaran.
- Nous avons traversé l'Univers à une vitesse proche de celle de la lumière durant un temps relatif assez court, suite à un phénomène que nous n'avons pas pu expliquer, raconta Aktah. Nous en sommes sortis miraculeusement indemnes, mais nous avons fait un saut dans l'Espace et dans le Temps. Aussi, par rapport à la Terre, nous nous trouvons à présent dans la direction de M13, ce qui explique notre récente réception radio d’Arecibo.
- Je confirme, ajouta Kano.
- Nous nous dirigeons vers elle, dit alors Birah à John. Y arriverons-nous un jour ?
- Commandant Koenig ! appela Paul depuis Alpha. Il vous faut partir bientôt avant d'être hors de portée d'Alpha.
- Bien reçu, Paul. Birah, transmettez tous nos remerciements à toute votre population.
L'objet était une sorte de cube. Sur les faces l'on pouvait voir des paysages animés et changeants, d'une beauté extraordinaire.
- Ce cuboscope vous montre les paysages de Vanadis, ajouta Kadmilah.
- C'est magnifique, lui répondit Helena. Parmi les données informatiques que vous avez reçues, vous trouverez des paysages de la Terre.
- Ceci n'est rien en comparaison, mais prenez, dit John à Birah en lui tendant son commlock. Il vous servira si vous atteignez un jour la Terre.
- Merci infiniment, lui répondit-il en lui serrant la main. On reste en contact radio, de toute façon !
- Naturellement! On a encore beaucoup de choses à se dire et à se transmettre !
L'aigle arrivé sur Alpha, John et Helena retrouvèrent le Poste Principal, Victor, son laboratoire.
- Commandant, nous savons où est la Terre ! s'exclama Sandra.
John la mena près d'une fenêtre.
- Elle est là !
- On va pouvoir lui envoyer des messages ?
- Préparez un beau message pour votre famille !
Victor arriva au Poste Principal avec une fiche à la main.
- Veuillez émettre ceci vers la Terre, s'il vous plaît, Kano. C'est un compte-rendu de la situation actuelle sur Alpha.
- Très bien, Professeur.
John prit la parole.
- Paul, à l'issue de cette émission, essayez de capter n'importe quoi venant de la direction de la Terre!
- Bien, Commandant.
Des heures ont passé.
Toujours rien, Paul ? demanda le Commandant.
- Non, rien que du bruit. Aucun signal.
Victor s'adressa à John.
- Ne vous inquiétez pas. A une distance pareille, les émissions terrestres sont atténuées à l'extrême, voire amorties. Sans compter le problème des interférences. Je viens d'en discuter avec Aktah, il est confronté au même problème.
- Je comprends, Victor.
Mais quelques jours plus tard...
- Commandant Koenig. Venez vite. Nous captons quelque chose
- J’arrive !
Il ouvrit le grand panneau qui lui permit l'accès au poste principal.
... fffffffff ... re listening to BBC ... fffffffff it's ten o'cl ... fffffffff ...ing, merry Christm ... fffffffff ... ome music on ... fffffffff ..adio one..."
- Quelle est la fréquence ? demanda John.
- 97500 kilo cycles, signala Paul. Je connais cette station de radio, elle émet depuis le Royaume Uni !
- La Terre !
- C’est merveilleux, John, lui dit Victor. Nous sommes en liaison avec la Terre !
En effet. Et aujourd'hui, depuis bien longtemps, les Alphans n'étaient plus complètement isolés.
Première publication dans Aigle 26, janvier 1995.

Retour à l'index des auteurs
Retour à l'index des histoires de fans
Retour à la page Archives